Saturday, April 09, 2005

Islam « L’UOIF, une minorité radicale »

Islam « L’UOIF, une minorité radicale »
Le congrès de l’Union des organisations islamiques de France s’ouvre aujourd’hui au Bourget. Entretien avec la sociologue Leïla Babès.

Pouvez-vous nous dire quelle tendance et quelle influence représente l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) au sein de l’islam ?

Leïla Babès. L’UOIF est une organisation qui commence à être connue. Elle est de tendance Frères musulmans et s’inscrit dans un mouvement transnational. Elle n’est pas contrôlée par un État étranger - comme l’Algérie avec la Mosquée de Paris ou le Maroc avec la Fédération nationale des musulmans de France - mais - relève d’un mouvement mondial. Le succès et la visibilité de l’UOIF tiennent à sa capacité d’organiser ce congrès annuel au Bourget et de mobiliser les foules. Il s’agit plus d’une démonstration de force que d’une réelle représentativité de l’islam de France, car ce mouvement est très minoritaire dans le pays. Le plus terrible, c’est que les pouvoirs publics n’ont comme interlocuteurs que ces organisations ostentatoires.

Y a-t-il eu une évolution depuis la genèse de l’UOIF en 1983 ?

Leïla Babès. L’UOIF, par le biais notamment de Tariq Ramadan, rassemble beaucoup de jeunes. Grâce à son charisme et à la force de sa prédication, il a recruté un nouveau public. Quant aux prises de position, ce mouvement faisant partie des Frères Musulmans, il pratique la dissimulation. Jouant sur le registre de l’ambiguïté, avec un double langage. Clamant une adhésion formelle et officielle aux lois du pays dans lequel ils vivent, tout en continuant de développer des thèmes et des références en totale contradiction avec les valeurs de la société : le voile leur permet ainsi de faire de l’entrisme dans les institutions. Ne l’oublions pas, les Frères musulmans ont été fondés pour restaurer le califat (cette fonction religieuse faisait du sultan ottoman le chef spirituel de tous les musulmans) aboli en Turquie en 1924. C’est, par exemple, l’UOIF qui avait demandé que l’article permettant de changer de religion soit retiré du texte du culte, c’est dire son orthodoxie.

Le 19 juin prochain auront lieu les élections au sein du Conseil français du culte musulman (CFCM). Cet organisme semble plus être un lieu d’enjeux de pouvoir que de discussion du culte...

Leïla Babès. Cette instance n’a aucune légitimité vis-à-vis des musulmans. On lui a donné et elle s’est octroyée des prérogatives qui dépassent largement le domaine du culte. C’est un conglomérat de fédérations de mosquées, de courants idéologiques qui, à l’exception de la Mosquée de Paris, sont fondamentalistes. L’islam de France qui compte 5 à 6 millions de personnes, majoritairement laïcs, sécularisés, sont représentés par des intégristes. Il faut que le CFCM se saborde. La loi républicaine ne garantit que la liberté de l’exercice du culte. Et rien d’autre. Il faut définir ce qu’est le culte dans l’islam, ce sont les cinq piliers, et là encore rien d’autre. Il y a un travail pédagogique à faire sur ce que dit la laïcité et sur ce que dit l’islam. Qu’on s’entende déjà là-dessus et que l’on sépare clairement le culte de l’idéologie.

Entretien réalisé par

Sophie Bouniot

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